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Marchons pour les Sciences (mais pour les Sciences Ouvertes !)

Le collectif SavoirsCom1 s’associe à la Marche pour les Sciences qui sera organisée le 22 avril prochain, Jour de la terre, pour protester contre l’attitude de l’administration Trump vis-à-vis de la recherche publique aux États-Unis.

L’administration Trump instrumentalise les crédits fédéraux pour réorienter les projets de recherche dans le sens de ses orientations idéologiques. Il a imposé aux agences fédérales de recherche de nouvelles règles concernant leur communication de manière à contrôler la publication de leurs résultats. Il est même allé jusqu’à faire supprimer des données de recherche disponibles en ligne, lorsqu’elles contredisaient sa vision du monde.

Il est assez logique qu’un pouvoir se revendiquant ouvertement de la « post-vérité » et des « alternative facts » s’en prenne aux scientifiques. Mais par ces intrusions autoritaires, le gouvernement américain compromet directement la science en tant que bien commun.

Dans l’ouvrage « Understanding Knowledge as a Commons« , Elinor Ostrom et Charlotte Hesse prennent le processus de production de la science comme un des exemples emblématiques de Communs de la connaissance. C’est en effet parce que la communauté des chercheurs a pu s’organiser pour mettre en place un système collectif autonome de validation des connaissances que la science moderne a pu prendre son essor.

Le collectif SavoirsCom1 manifestera donc le 22 avril prochain son attachement à ces valeurs fondamentales d’indépendance de la recherche, qui sont bafouées en ce moment aux États-Unis.

Cependant, si nous sommes prêts à marcher pour les Sciences, nous tenons également à rappeler l’importance de la Science ouverte, et d’autant plus dans une période où les tentatives de mise au pas et de censure se multiplient.

Aux États-Unis, une opération de sauvegarde (DataRescue) a été lancée pour mettre à l’abri et conserver les données de recherche avant qu’elles ne soient supprimées par le gouvernement.

Si les données de recherche étaient largement diffusées en Open Data sur Internet, il est clair que la résilience globale de la recherche face aux tentatives de censure serait renforcée. Il deviendrait beaucoup plus simple en effet de répliquer les données en cas d’alerte pour les stocker en lieu sûr et un réseau mondial pourrait même s’organiser pour en assurer la préservation.

Trop souvent aujourd’hui, les données de recherche ne sont pas diffusées. Elles restent dans les bases de données des laboratoires ou dans les ordinateurs des chercheurs.

Or contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est la libre diffusion des données de recherche qui les protège, là où la rétention facilite la tâche de ceux qui voudraient les faire disparaître ou les manipuler.

Une étude récente conduite aux États-Unis a montré que plus de 70% des chercheurs estiment intéressant de pouvoir accéder aux données produites par d’autres, mais ils sont beaucoup moins nombreux à se dire prêts à partager leurs propres données.

Cette situation constitue une forme de « tragédie des Communs« , phénomène d’appauvrissement qui survient lorsque des individus utilisent une ressource sans contribuer en retour à la diffuser, la protéger et la valoriser.

La censure brutale exercée par le gouvernement Trump est inacceptable, mais il existe d’autres processus de censure plus larvés affectant la science. En ne publiant pas leurs articles en Open Access, en ne partageant par leurs codes et leurs données sous licence libre, en participant à la course au dépôt de brevets sur les résultats de recherche, les chercheurs eux-mêmes se font les agents d’une enclosure qui fragilise la science en tant que bien commun.

La Marche pour les Sciences devrait être un moment de prise de conscience et d’affirmation de l’importance d’une Science ouverte.

Il y a un an, en plein débat sur la loi Lemaire, le CNRS a publié un livre blanc intitulé « Une Science Ouverte dans une République numérique« , affirmant que les articles scientifiques et les données de la recherche devaient être considérés comme des biens communs.

  • Les écrits scientifiques doivent devenir des biens communs. En effet, les connaissances scientifiques et résultats de la Science sont des biens communs destinés à un usage universel dans l’intérêt de l’humanité. Les écrits scientifiques ne peuvent être un moyen d’interdire ou restreindre l’accès à la connaissance scientifique.
  • Les données scientifiques (à financement majoritairement public) doivent devenir un bien commun informationnel. L’objectif est d’autoriser le dépôt en même temps que des articles, des données de base de la recherche. Un tel dépôt faciliterait la reproductibilité de la recherche en même temps qu’il favoriserait l’innovation dans la société civile.

Ce qui se passe aux États-Unis montre qu’il y a désormais urgence à mettre concrètement en commun les résultats de la recherche. L’environnement numérique, qui permet décentralisation et dissémination, représente une opportunité historique à saisir pour protéger, partager et diffuser les données scientifiques.

Via un article de SavoirsCom1, publié le 19 avril 2017
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par francois_le_droff
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